16
avr 2015

Grâce aux archives audiovisuelles et au travail de l’Institut National de l’Audiovisuel, découvrir Brest en image devient une fascinante aventure et un formidable moyen de « vivre » la Cité du Ponant. Les dix vidéos proposées ici ne peuvent pas, à elles seules, illustrer la riche histoire de la ville mais procurent un large aperçu de la richesse documentaire préservée par l’INA à propos de la cité maritime de Bretagne occidentale.

A son sujet, qui mieux qu’un poète, et non des moindres puisqu’il s’agit de Jacques Prévert, pour raconter lors d’un interview avec tant de passion et d’émotion le passé d’une ville meurtrie, Brest ?

Jacques Prévert, le pacifiste parfois décrié, est attendrissant, tant dans ses propos que par son attitude si poignante et si attachante à la fois. Cigarette à la main, il évoque la manière dont il a, lui, pansé ses blessures provoquées par la destruction lors des bombardements d’une ville qu’il affectionnait tout particulièrement. Il en a effectivement composé ce célèbre poème mis en musique par Kosma et repris en chanson par le grand interprète Yves Montand.

Le poète, l’air attristé et sans masquer une évidente nostalgie, dit : « Et j’ai vu que  peut-être j’avais exagéré en écrivant qu’il n’en restait rien. Mais je dois dire qu’il n’en restait pas grand-chose. Je me rappelle surtout de la rue de Siam : il y avait une voiture accrochée au quatrième étage et partout c’était épouvantable, mais il y avait la vie ! »

Cet interview ne peut laisser indifférent, ni les Brestois, profondément marqués par ces événements de 1944, ni celui qui daignerait bien s’intéresser à cette ville et à son histoire si tragique fût-elle…

On peut à propos de Brest évoquer les très nombreux équipements qui constituent les ports et l’Arsenal. Mais il en est un, la Grande-Grue métallique mise en service en 1909, qui symbolise les activités de construction et de réparation navale de Brest puisqu’elle a été en activité plusieurs décennies durant.

Sa silhouette faisait partie intégrante du paysage urbain jusqu’à ce qu’elle ne vieillisse de trop et qu’elle ne soit démantelée intentionnellement dans les années 1970. Comble du malheur brestois, elle avait, presque seule, survécu aux bombardements alliés de l’été 1944 qui précédèrent la libération de la ville alors rendue à l’état de ruine, et c’est la rouille qui en sera venue à bout.

Comme l’explique à son sujet Pierre Peron, peintre de la Marine, cet autre monument de Brest qui disparaît rappelle une fois encore combien la ville a subi les affronts de l’histoire et du temps : « Un Brestois est toujours attristé quand il voit un monument disparaître parce qu’au fait c’est un monument témoin. Cette grue en fait a vu les deux guerres et a résisté au fond et malgré tout c’est un sentiment de tristesse. »

Lorsque l’on pense à Brest, cette ville phare du bout du monde, on ne peut s’empêcher d’avoir à l’esprit les célèbres Fêtes Maritimes, les désormais renommées « Tonnerres de Brest » et ses parades de vieux gréements venus des quatre coins du monde.

Il en est un parmi tous en lequel les Brestois se reconnaissent : la « Recouvrance », du nom du quartier populaire de Brest. Telle la frégate l’Hermione, les bisquines la Cancalaise et la Granvillaise ou le flamboyant trois-mâts Bélem, cet aviso-goélette est construit à l’identique du navire originel bâti, lui, en 1817.

Il appartient à la commune et en est son ambassadeur. Il s’amarre au quai Malbert, sur le port de commerce, où l’on peut l’admirer bien entendu et même, si on le souhaite, s’y embarquer pour quelques encablures en rade ou en mer.

Sa mise à l’eau comme son matage furent, aux yeux de tous, des événements presque plus importants à eux seuls que l’ensemble des Tonnerres de Brest et ont donné des souvenirs impérissables aux nombreuses personnes qui ont pu y assister et de plus ont gonflé la fierté et l’orgueil de ces Brestois, si attachés à la mer.

Cette vidéo des fonds de l’INA n’est bien sûr pas la seule sur cet événement, mais en est la plus vivante et la plus réaliste de l’ambiance du moment.

Paul Bloas, 54 ans en 2015, est une figure du milieu artistique Brestois, réputé pour ses personnages géants peuplant les surfaces urbaines de la Cité du Ponant. L’artiste n’a de cesse depuis plusieurs décennies de s’illustrer par ses peintures au cœur de Brest et bien au-delà.

En 1990 il a pour idée de s’enfermer dans la lugubre prison de Pontaniou en déshérence dans le quartier des Capucins. La prison qui attend un projet de rénovation  se voit alors parée des si fameuses silhouettes géantes de Monsieur Bloas. Mais dans ce contexte carcéral, ces silhouettes semblent soumises, contraintes… Mais libres toutefois car éphémères et certaines d’une disparition prochaine.

Sorte d’évasion ou de libération ? Il n’en reste pas moins que ces figures « bloasiennes » collées aux murs de la prison qui a vu tant de détenus ne sauront être véritablement enfermées et  gardées indéfiniment…

Brest n’est pas réputée pour avoir un patrimoine archéologique des plus riches. Aussi, lorsque sortent de terre quelques fragments du passé par l’entremise des remparts anciens, les travaux s’arrêtent… Et les archéologues fouillent, exhument les restes de cette histoire qui a façonné Brest.

Ce document unique prouve, s’il était nécessaire, que l’histoire de Brest ne peut se résumer à une ville nouvelle issue de la reconstruction, mais que dans son sol résident bel et bien des trésors archéologiques qui n’attendent que leurs découvreurs, les archéologues.

Même lorsque Jean-Baptiste Mathon, dans les années 1940 et 1950, établit le plan de la reconstruction avec Maurice Piquemal, la trame urbaine en fut préservée bien que posée depuis plusieurs siècles par le grand aménageur des fortifications des frontières françaises de l’ancien régime : Vauban.

Si la ville n’a malheureusement pas conservé beaucoup des vestiges archéologiques anciens du fait des bombardements alliés de 1944 et d’une reconstruction peut-être un peu rude à l’égard des monuments anciens, il reste de-ci-de-là des éléments anciens, comme peut-être sous les bâtiments du plateau des Capucins, connu pour avoir été le lieu d’implantation d’un couvent ou bien encore dans la rue de Saint-Malo et qui sait, peut-être sous les pieds des passants qui arpentent la rue de Siam.

Sur le plateau des Capucins, on soupçonne en effet l’existence de traces archéologiques qui auraient résisté au temps et seraient conservées sous les grands ateliers de la DCN, au futur emplacement de la grande médiathèque qui doit bientôt voir le jour dans ce quartier en phase de mutation.

Le « Peace Boat » porte deux drapeaux, l’Israélien et le Palestinien : des étudiants des deux nationalités ont choisi de se mettre dans la même « galère » ou plutôt, de relever le même défi, la Course de l’EDHEC à Brest. La voile démontre ici, soit, son esprit de compétition mais véhicule aussi des valeurs d’humanisme, de paix, de liberté, de tolérance et de solidarité.

Cette course étudiante réunit tous les trois ans depuis 1982 plusieurs centaines d’étudiants venus du monde entier pour justement permettre à ses participants l’acquisition de  ces valeurs. L’évènement montre une fois de plus le dynamisme de la vie sportive brestoise, et notamment le nautisme qui prouve que Brest n’est pas seulement tournée autour de son arsenal, des activités de la Marine Nationale et de son port de commerce.

Brest est également un port de plaisance, comme le montre le récent aménagement du port de plaisance du château et le plus ancien port de plaisance du Moulin Blanc. Brest le revendique : la ville s’ouvre à de nouvelles activités et ne cesse de développer celles-ci.

On ne peut pas dire de Brest que son attrait soit essentiellement patrimonial car presque tout de la vieille ville a disparu aujourd’hui, à cause des tourments de l’histoire telles les bombes et la reconstruction. Il reste toutefois quelques perles de l’architecture comme le Bâtiment aux Lions de l’Arsenal, témoin de l’architecture industrielle militaire qui invite à s’attarder dans la ville et à flâner dans le quartier des Capucins.

L’édifice fut construit au début du XIXème siècle et a connu différents usages dont celui de réfectoire pour les bagnards puis celui de cantine pour les ouvriers de l’Arsenal. Ces derniers lui donnèrent le nom de « Gueule d’or » car les têtes de lions ou gargouilles brillaient au soleil.

Avec la rue de Saint-Malo, le Château, la Tour Tanguy, les restes des remparts Vauban place de la Liberté et la prison de Pontaniou, Brest reste une ville empreinte d’histoire, histoire que nous conte, par sa majestueuse apparence, la « Gueule d’or », dont les murs auraient sans doute beaucoup à dire s’ils pouvaient parler.

Peut-on croire un seul instant que les plus anciennes habitations brestoises, celles-là même qui ont survécu aux bombardements et aux incendies, puissent un jour disparaître ? C’est très précisément ce contre quoi se battent les membres de plus en plus nombreux de l’association de préservation de la rue de Saint-Malo.

Cette rue reflète l’ambiance de ce qu’était Brest avant les mutations induites par les évènements de la Seconde Guerre Mondiale et par la reconstruction, au cardo. On imagine des ruelles passantes, des échoppes en tous genres, des façades bâties de moellons ératiques et aux fenêtres et portes à linteaux de granite, c’est ce qu’évoque cette vidéo.

Presque tout de ce passé si précieux est disparu maintenant, hormis ce petit écrin urbain, si fragile, si isolé et presque abandonné. Une rue, quelques murs étayés, des riverains impliqués dans sa survivance et c’est tout Brest qui se souvient d’elle-même et qui dès lors retrouve ses racines pour mieux bâtir son propre avenir.

Comment parler de Brest sans en évoquer ce qui la caractérise dans ses traditions orales : son « Parlé Ty Zef », langage propre aux Brestois de « Brest-même », ce quartier rive droite de la Penfeld où coule la rue de Siam… Enclave française en terre bretonne. Le Ty Zef est une originalité car il n’est pas issu d’une langue ancienne. Il est une véritable réinterprétation quasiment au sens artistique de la langue française.

Les Bretons, les Corses, les Basques, les Auvergnats, les Ch’tis, les Alsaciens, les Occitans et… Les Ty Zefs, qu’on se le dise, Brest n’est pas qu’une ville vivante : elle est également une langue unique ! Un pays dans le pays, que dire même, puisqu’il s’agit de Brest-même, un pays dans la ville.

Est-ce un accent, une syntaxe, une intonation ? Le Ty Zef est tout cela à la fois, et plus encore. Une identité pour ce quartier de langue française au milieu d’un océan de bretonnants des temps et des temps durant, jusqu’à forger une identité linguistique, brestoise avant tout.

Trait commun, s’il peut en être un, avec la plupart des villes de France et de Navarre qui ont soit des souterrains soit une rumeur, une légende ou un mythe de l’existence secrète de galeries sous les pavés de leurs rues, Brest dispose aussi de ces sombres et obscures galeries. A Brest, ce n’est donc pas qu’une légende ou un mythe : sous les ateliers même de la DCN – sur le plateau des Capucins – dorment, tapis sous la roche, de véritables souterrains, anciens pour certains.

Brest, grâce à cela, redevient une ville un peu plus « classique », avec une profondeur non seulement physique par ses souterrains, mais historique également, puisque les premières galeries correspondraient à l’ancien couvent placé à cet endroit. La Cité du Ponant peut se targuer, elle aussi, de pouvoir susciter les fantasmes des mystères enfouis et oubliés.

Alors que ce même plateau est en cours de réaménagement, doit-on espérer que ces galeries « magiques » et secrètes puissent être révélées au grand public, ce qui n’est, pour l’heure, pas possible.

Nous espérons que, par le partage que nous vous proposons de ces quelques fenêtres sur l’histoire brestoise vue par l’œil des télévisions françaises, vous aurez pris, autant que nous, plaisir à découvrir ou à redécouvrir Brest, fer de lance de cette si belle pointe bretonne.

 

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19
mar 2015

Projection des Mardis de l’Ina

en partenariat avec Cinélatino à l’occasion du Festival CINÉLATINO (19 – 29 mars)

Gamins “los chinches”

Mardi 24 mars – 18h00

Grand auditorium de la Médiathèque José Cabanis de TOULOUSE

Cette première de 2 parties consacrée aux enfants abandonnés de Bogota décrit leur vie quotidienne et montre le mécanisme irréversible qui les entraîne à la délinquance. Chassés de la campagne, livrés à la rue, hantés par la faim et le froid, ces enfants mendient, volent, se regroupant en bandes, partageant leurs maigres butins, leurs campements de fortune sous des cartons, narguant la mort au milieu de la circulation et usant aussi de drogues.

Ce film, réalisé en 1976 par Ciro et Joyce Duran qui ont vécu pendant un an près de ces enfants, a obtenu de nombreuses récompenses dans les festivals internationaux.

 

 

 

09
jan 2015

Projection des Mardis de l’Ina

Niki de Saint Phalle : un rêve d’architecte

Mardi 13 janvier 2015 – 18h00

Grand auditorium de la Médiathèque José Cabanis de TOULOUSE

En écho à l’exposition consacrée aux « écritures » à la Médiathèque José Cabanis, et à l’occasion de la grande exposition que le Grand Palais va consacrer à Niki de Saint Phalle, ce portrait décrit de façon chronologique le parcours de l’artiste depuis ses premières peintures, ses premières sculptures, les Nanas, ses œuvres monumentales et enfin ses jardins de « sculptures architectures » qu’elle a réalisés pendant les 30 dernières années de sa vie en Italie, en Californie ou encore à Jérusalem.

Les archives de New York dans l’entre-deux guerres, de Paris dans les années 50 et surtout de Niki de Saint Phalle alternent avec les images de ses œuvres. En off, dans des archives radiophoniques, l’artiste décrit son enfance à New York, son mariage avec Henry Matthews, sa dépression , sa rencontre avec J.Tinguely, les nouveaux réalistes et surtout son travail.

17
nov 2014

Projection des Mardis de l’Ina

 

Jaurès est-il mort précédé d’extraits de   Il y a 50 ans, Jaurès ?

Mardi 18 novembre - 18h00 –

Grand auditorium de la Médiathèque José Cabanis de TOULOUSE

Mais… qui a tué Jaurès ? Que reste t’il dans l’histoire contemporaine des idées et des idéaux de Jaurès ?
Ce documentaire aborde cette question en interrogeant aussi bien des historiens ( M. Reberioux, R.Von Tadden… ) que des hommes politiques ( P.Mauroy, J.Ralite, P.Quiles… ) et des ouvriers… regards croisés entre la France et l’Allemagne.
Les images d’archives nous plongent dans l’univers de Jaurès, et notamment dans les trois notions phares de la République : Liberté, Egalité, Fraternité.

Ce document est précédé d’extraits du remarquable documentaire datant de 1964 “Il y a cinquante ans, Jaurès”.